Quel péril sur les églises de France ?

EGLISES

La dernière livraison de Patrimoine et cadre de vie N° 193, revue annuelle thématique éditée par la Fédération Patrimoine-Environnement,  porte en couverture la terrible question : Quel péril sur les églises de France

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Patrimoine et cadre de vie N°193

Retrouvez  dans les pages de ce cahier thématique consacré aux Eglises l’état des lieux du secteur, les initiatives de restauration, les reconversions, les destructions… De nombreux spécialistes, écrivains et défenseurs de ces édifices patrimoniaux prennent également la parole, livrent leur point et vue et expertise.

Dans ce dossier, auquel j’ai été invité à participer à la rédaction d’un état des lieux, j’ai été intéressé par de nombreux articles mais plus particulièrement par celui de Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême et académicien, dont je vous livre ci-dessous ma lecture :

 

L’article s’intitule Nos églises sont des signes pour tous. Titre évocateur qui est déjà en soi une réponse à ceux à ceux qui penseraient que les églises n’appartiendraient qu’aux catholiques pratiquants, et que dès lors leur avenir ne questionnerait pas l’ensemble de la société.

Tout d’abord l’évêque d’Angoulême rappelle les bonnes pratiques dans son diocèse, plutôt rural, qui profitent aux églises, à leur fréquentation et à leur entretien :  des « églises accueillantes », haltes de pèlerinage vers Compostelle, et surtout, cette rencontre annuelle organisée depuis sept ans par la Commission diocésaine pour les bâtiments de culte qui permet à l’évêque et aux responsables paroissiaux de rencontrer les élus locaux. J’ai eu l’occasion de participer à l’une d’entre elles en 2008.

L’évêque a raison d’insister sur la bonne volonté et les efforts de la majorité des élus pour conserver sainement leur(s) églises(s). Mais cet article a d’abord pour objet principal de dire combien nos églises nous sont précieuses et utiles. Et pas seulement sous l’angle de leur ancienneté historique et leur valeur artistique.

« Ces pierres, ces chapiteaux, ces autels, ces statues, ces vitraux ne peuvent pas être réduits à des objets dont on établirait les origines. Ces formes artistiques sont porteuses d’un sens que l’on ignore souvent, mais dont on devine pourtant l’importance », écrit Mgr Claude Dagens. En disant cela, l’évêque me rappelle André Malraux quand il écrivait au début de son Musée Imaginaire (Les voix du silence, 1953): « Un crucifix roman n’était pas d’abord une sculpture, la Madone de Cimabue n’était pas d’abord un tableau… » Ne jamais oublier que ces œuvres avant d’être des œuvres, voir des chefs-d’œuvre ont été et demeurent (Surtout quand ils sont conservés in situ, dans les églises) des objets de dévotion. C’est gros inconvénient des musées que de couper ces objets aussi beaux soient-ils de leur source et de leur fonction originelle.

 » La frontière n’est pas entre « ceux qui vont à la messe » et « ceux qui n’y vont pas ». Elle est entre ceux qui se résignent aux limites de l’immédiat et ceux qui ne résignent pas à l’effacement plus ou moins rapide de ces signes vivants que sont nos églises. »  Mgr Claude Dagens

A ce propos qu’on me permette une autre digression. Je lisais également très récemment la lecture que Michel Pastoureau, historien de l’art et médiéviste patenté, écrit sur les tympans romans (Tympans et portails romans, par Michel Pastoureau, Le Seuil 2014) : « L’iconographie joue un rôle essentiel dans le programme théologique, dogmatique, moral ou eschatologique qui est inscrit dans la pierre ». A ceux qui contestent qu’on y lise « une bible des illettrés », l’historien rétorque : « le nier, c’est nier l’évidence. Les clercs du Moyen-Âge doivent enseigner les fidèles par la parole et par l’image. Cette dernière met en scène le Christ et les saints, sépare les élus des damnés, montre le chemin du salut… A preuve, les rituels qui se déroulent devant ou sous le portail. Le décor de ce dernier ne peut se comprendre si l’on ignore ce qui s’y fait : lectures, chants, sermons processions. »

Revenons à l’article de l’évêque d’Angoulême qui, à côté de la puissance des cérémonies, marque également l’ouverture au mystère de Dieu qui « s’accomplit aussi par (des) visites discrètes. » « La frontière, insiste-t-il, n’est pas entre « ceux qui vont à la messe » et « ceux qui n’y vont pas ». Elle est entre ceux qui se résignent aux limites de l’immédiat et ceux qui ne résignent pas à l’effacement plus ou moins rapide de ces signes vivants que sont nos églises. »

Pour l’évêque, les résignés sont les comptables, ceux pour qui « seuls les calculs économiques (doivent) déterminer notre avenir ». On croirait entendre Victor Hugo dans sa célèbre Guerre aux démolisseurs (1832) : « À quoi servent ces monuments ? disent-ils. Cela coûte des frais d’entretien, et voilà tout. Jetez-les à terre et vendez les matériaux. C’est toujours cela de gagné. — Sous le pur rapport économique, le raisonnement est mauvais. »

On l’a compris, Mgr Dagens est dans le camp de ceux qui ne résignent pas set verrait plutôt comme une bonne nouvelle la mobilisation de l’opinion publique là où l’on pratique des « saignées ». « L’état d’esprit le plus fréquent, note-t-il, n’est pas aujourd’hui à la lamentation, mais à l’effort et à l’initiative ». Ce numéro de Patrimoine et cadre de vie en témoigne par ailleurs, notamment à Lumbres (Pas-de-Calais).

De quoi sont signes ces églises ? A lire l’auteur, ces signes sont égrainés tout au long de l’article : signe d’une «  jonction entre deux éléments, non seulement la terre et le ciel, mais aussi notre humanité commune et ce dieu vivant qui ne reste pas dans les nuages ». Ou encore « l’ouverture au mystère de dieu » qui s’accomplit lors des cérémonies mais « aussi par des visites discrètes ». elles sont signe de vie localement, des repères durables aussi : « On n’abrite pas sa solitude dans une église. On y vient pour résister à ce qui rend la vie précaire. On peut s’y savoir accueilli et protégé. » Elles servent bien évidemment au à la célébration du culte (messes, baptêmes, mariages et obsèques), mais elles ne sont pas réservée pour autant à des cénacles catholiques fermés. : « Elles sont ouvertes à tous, gratuitement ! » Elles demeurent des lieux de culture et de dialogue culturel avec les artistes, même si l’évêque d’Angoulême reconnait que ce dialogue et cette « coopération sensible » doit être reprise sérieusement.

Benoit de Sagazan

Où trouver Patrimoine et cadre de vie ? 

 

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