Les monastères détruits au XVIIe siècle

Dans la revue annuelle Arts sacré N°31, consacrée à la reconstruction du patrimoine religieux après les conflits religieux qui ont secoué la France et l’Europe au XVIe siècle, j’ai été particulièrement intéressé par deux articles. Le premier dont j’ai déjà fait écho ici et celui, par le frère Lin Donnat, de l’Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, intitulé Les monastères détruits au XVIIe siècle.

 

couv Art sacré 31Le tableau dressé dans cet article du frère Lin Donnat est terrible. Sans doute avons-nous oublié dans notre imaginaire collectif la fragilité de ce patrimoine abbatial et le fait que la vie monastique a risqué de disparaître du paysage religieux français au début du XVIIe siècle. A cela deux raisons, l’une structurelle, l’autre conjoncturelle.

Ce patrimoine a particulièrement souffert des guerres de religions (1562-1597), particulièrement dévastatrices, mais aussi au XVIIe siècle de la Fronde et de a guerre de 30 ans contre les espagnols.

Selon le récit de Dom Martène (1654-1739), moine de Saint-Germain-des-Prés, auteur d’une Histoire de la Congrégation de Saint-Maur, et sur lequel s’appuie le fr Lin Donnat, on dispose d’une documentation fouillée sur les biens de cette congrégation nouvelle bénédictine, fondée en 1618 avec cinq monastères, et qui en compta près de 190 en 1790.

Son originalité fut non pas de fonder de nouveaux monastères mais de s’installer dans des couvents existants, souvent délaissés, ruinés. Avant d’y envoyer ses moines « réformés », la congrégation s’intéressait à l’état des bâtiments et à la santé financière de chaque établissement. C’est grâce à cette étude des lieux que nous avons une bonne connaissance aujourd’hui de l’état de ce patrimoine aux lendemains des guerres de religion.

 

Saint Maur in Art sacré 31

Dom Martène nous apprend notamment que sur 141 maisons appartenant à Saint-Maur, 80 sont en très mauvais état et 70 pratiquement détruites, voir arasées. Selon lui, 43 monastères ont été directement délabrés par le passage des bandes huguenotes et catholiques. Certains ont été détruits pour l’édification de systèmes de défense.

Mais il nous apprend également, que même détruites, ces abbayes continuent d’avoir une existence légale. « Car ce sont des bénéfices ecclésiastiques, écrit fr Lin Donnat, et ils demeurent sujets de droit et surtout permettent de percevoir des revenus. » En effet depuis le concordat de 1517, les abbayes sont possédées par des clercs (en principe), sur nomination royale. Le propriétaire en touche les revenus, à charge pour lui d’entretenir la vie des moines et l’entretien des bâtiments. A la fi du XVIe siècle, on estime que la moitié des revenus monastique sont perçus par des non-moines, souvent serviteurs du Roi. Force est de constater que nombre de commanditaires percevaient les revenus, en souciant de ne pas trop les amputer par l’entretien ou la reconstruction des lieux dévastés par les guerres.

L’extrait (A propos du système des commandes)

« Les finances royales en étaient évidemment allégées ! Mais le nécessaire pour la vie des moines et pour l’entretien indispensable des bâtiments, églises, lieux réguliers en étaient diminué d’autant (même si en principe, les commanditaires devaient y prendre leur part). Et ce manque d’entretien des lieux de la vie commune ne facilitait pas la vie régulière, évidemment. Vie régulière, vie communautaire, et bon état des lieux sont étroitement liés. »

L’autre originalité de la congrégation de Saint-Maur, dans sa volonté de réforme de la vie monastique, est de reconstruire les bâtiments délabrés de ses propres mains. En prenant le temps qu’il faut : Ainsi « au Tréport, à Sorde, ou à Saint-Pé, les deux moines envoyés restaurer le monastère sont obligés de se loger dans des cabanes, et mettront dix ans, ou même dix-huit, à reconstruire de leurs mains, avec quelques ouvriers, en vivant pauvrement du produit d’un potager qu’ils cultivent », écrit l’auteur de l’article.

Nous revisitons-là des pages sombres de l’histoire du patrimoine religieux. Avec cette constations qu’on pourrait croire intemporelle et que nous ont enseigné les moines de la congrégation de Saint-Maur qui ont remis debout la plupart de nos grandes abbayes : il vaut mieux d’abord compter sur ses propres mains que tout attendre d’un pourvoir central, quel qu’il soit.

Benoît de Sagazan

 

couv Art sacré 31

Art sacré n°31 : Reconstruire, restaurer, renouveler. 
La reconstruction des églises après les conflits religieux en France et en Europe 
Actes du colloque de Poitiers ( 2011), 30 €

Ce qu’en dit l’éditeur :

Comment a-t-on fait après la tourmente des conflits religieux qui avaient ébranlé l’Europe occidentale au XVIe siècle et abattu églises et monastères, pour choisir que laisser à l’abandon, que reconstruire – et sous quel aspect – dans les deux aires du catholicisme romain et des églises réformées ? Fidélité au passé, soumission à la mode, pari sur l’originalité ou confiance dans la tradition ? Lors du colloque de Poitiers, près d’une vingtaine de spécialistes se sont penchés sur des cas à la fois particuliers et exemplaires, dans un bel effort de prise en compte d’une situation de besoin qui n’était pas unique mais générale

En savoir plus sur rencontre-patrimoine-religieux.blogspot.fr

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