Des cryptes fascinantes et intrigantes

 

ARCHITECTURE

couv les cryptes en france_Les cryptes fascinent et intriguent, tant par ce qu’elles cachent que par ce qu’elles désignent.

Dans cet ouvrage richement documenté, Christian Sapin, archéologue et historien de l’art,  propose une passionnante synthèse d’une recherche accomplie depuis plusieurs années. 372 cryptes ont été recensées à ce jour par cet historien qui s’est spécialisé dans l’archéologie des sites religieux du haut Moyen Âge

, la construction et la liturgie des cryptes médiévales (IVe-XIIe siècle)

.

L’étude qu’il nous propose ici offre à la fois une exploration de ces chapelles souterraines dont la plupart d’entre elles offrent des clichés admirables, pris par Jean-François Amelot, et une compréhension des lieux. C’est pour l’auteur l’occasion d’éliminer bien des idées reçues sur le sujet. Beaucoup d’entre elles furent redécouvertes à l’occasion de fouilles opérées aux XIXe et XXe siècles.

Certains ont vu dans ces lieux, une commémoration des catacombes romaines, d’autre un souvenir de la grotte de la Nativité quand ce ne fut le vestige des premiers lieux de cultes chrétiens de l’époque romaine ou le mausolée d’un saint ou d’un martyr…

La recherche insiste surtout aujourd’hui sur leur fonction liturgique. Pour certaines d’entre elles,  » les accès à ces mausolées, dont les traces archéologiques montrent une forte pratique, jouent un rôle important la genèse des cryptes », écrit Christian Sapin. Dans une Gaule romaine qui voit le développement du culte des saints, la construction de cryptes aura permis « la protection des corps saints et des reliques, sans encombrer l’espace liturgique ».

L’évocation de la grotte, que ce soit celle de la nativité ou du tombeau de Jésus, n’est pas à écarter pour d’autres sites. De nombreuses cryptes semblent jouer sur cette ambivalence, lorsque qu’elles apparaissent creusées dans la roche. Elles sont nommées « grottes-oratoire » quand elles portent le souvenir d’un ermitage : « Ces ermitages troglodytes ont pu donner naissance réellement à des communautés monastiques… »

Selon l’auteur, « ces cryptes répondent en même temps à des besoins nouveaux correspondant au culte des corps saints et des reliques, et vont devenir des sites de mémoire par excellence. (…) Cette architecture nouvelle est l’amorce d’un microcosme d’église dans l’ecclesia« .

L’extrait

 » En organisant un cheminement plus ou moins important, la(la crypte) corporalise les relations entre les espaces depuis les accès qui s’ouvrent et se ferment, par des couloirs étroits à la taille d’une personne ou de la largeur d’une procession, par des salles qui, du simple groupe à la communauté entière, se distinguent de la grande nef et de ses hiérarchies. La crypte du point de vue anthropologique renvoie à la transmission entre les membres d’un groupe, ce qui signifie mettre ses pas dans celui des autres, dans celui des anciens.

Du nord au sud, l’espace aide le corps à se situer comme à mémoriser. La crypte peut être considérée comme un point de départ dans la construction ecclésiale et en même temps un aboutissement vers un pôle, les reliques du saint intercesseur placées sous l’autel du chevet. »

En effet,  à partir du XIe siècle, la fonction de ce lieu souterrain semble évoluer. Des architectures plus complexes, plus vastes aussi, apparaissent. Elle devient « une église dans l’église ». Dans les monastères, ces espaces deviennent réservés à la communauté qui y prient, à l’écart des fidèles. Dans d’autres sanctuaires, l’accès à la crypte du saint pouvait marquer la fin du pèlerinage. Leur architecture semble organiser la déambulation, la procession jusqu’à la prière près du corps saint.

A partir du XIIe siècle, un lent déclin fera perdre progressivement l’usage liturgique de ces chapelles souterraines, avant leur réveil archéologique au XIXe siècle.

BS

  • Les cryptes en France, Christian Sapin, éditions Picard, 320 pages, 76€