Barrès : « Je suis obsédé du péril des églises »

NOTES DE LECTURE

Nous vous confions ces fioretti de Maurice Barrès puisés dans La grande pitié des églises de France (Plon 1914) 

<< « Je suis obsédé de ce péril des églises » p 9

<< «  Oui ! C’est la destinée de ces maisons de paix d’être le centre des tourbillons de bataille. Mais aujourd’hui leur situation est sans précédent. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de France, c’est légalement que nos églises courent le danger de mort. Leur garde est tombée aux mains de ceux qui les détestent, pour qu’ils en fassent leur bon plaisir » p 11

<< « Et dans cette situation voici la thèse gouvernementale qui prévaut en jurisprudence : les communes propriétaire peuvent entretenir les églises, mais n’y sont pas obligées : elles sont libres de ne faire aucune dépenses d’entretien. Si l’édifice est en trop mauvais état, elles n’ont qu’à le désaffecter, et s’il menace ruine, qu’à le démolir. » p 11

<< « Nos églises sont au premier rang de nos richesses de civilisation. Nous les avons reçues de nos aïeux, nous devons les transmettre à nos fils, nous n’avons pas à nous laisser étourdir par ceux qui les déclarent inutiles. » p 19

<< « n’allez pas me dire que vous sauvegardez les églises les plus précieuses. Qui donc peut juger leur prix, et la plus modeste n’est-elle pas infiniment précieuse sur place ? » p 20

<< « Dans le seul département de l’Yonne on signale cinq démolitions ou achevées ou en train de s’achever » (janvier 1910) p.21

<< « Seigneur, pourquoi les faîtes-vous si bêtes ? » p 24

<< « Pour nous prouver que nous avons bien tort de nous inquiéter des églises que l’on jette bas de toutes parts et que je suis prêt à lui (Briand) énumérer, il me dit qu’à toutes les époques et même sous le régime concordataire il y a eu des désaffections d’églises, des églises qui arrivaient au terme de leur carrière. C’est entendu. Mais je lui parle des églises qui ne demandent qu’à vivre, et où des êtres ineptes, avec des éclats de joie, portent la pioche et la dynamite. » p 29-30

<< «  …Je vous demande la sauvegarde de toutes les églises, pour celles qui sont laides, dédaignées, qui ne rapportent rien aux chemins de fer, qui ne font pas vivre les aubergistes… (…) Enfin, je viens parler en faveur des églises qui n’ont pour elles que d’êtres des lieux de vie spirituelle. »  p 83.

La Grande Pitié Des Églises De France de Maurice Barrès<< « Il n’y en a pas de laides pour un homme qui a du goût, pour un Français qui a de l’âme.»  p 144

<< « …l’émotion de qualité religieuse, ces forces profondes orientées vers le mystère qui au fond de toute réalité, elles existent chez chacun de nous »  p 87-88

<< « le gémissement d’une vieille femme agenouillée dans l’église de son village est du même accent, traduit la même ignorance, le même pressentiment que la méditation du savant ou du poète. »  p 88

<< «  Nous sommes tous le même animal à fond religieux, inquiet de sa destinée, qui se voit avec épouvante, encerclé, battu par les vagues de cet océan de mystère dont a parlé le vieux Littré et pour le quel nous n’avons ni barque ni voile. Sous le porche de l’église, chacun laisse le fardeau que la vie lui impose… » p 89

<< «  cette conscience obscure, en effet, c’est elle qui a voulu l’église du village et qui continue à le vouloir… eh bien ! une fois les églises de nos villages jetées par terre, avec quoi donnerez-vous satisfaction à tout ce monde d’aspirations, auxquelles nos églises répondent ? »  p 91-92

<< « …sous une épaisseur plus ou moins forte de christianisme, demeurent d’obscures survivances du paganisme, toute une barbarie prête à remonter à la surface, des débris du passé, des détritus de religion, auxquels la civilisation n’a aucun intérêt à laisser la place libre. L’église du village assainit le sol au milieu duquel elle est plantée   p 95

<< « Beauquier : Puisque Dieu est tout puissant, il peut réparer ses églises et ne pas les laisser tomber… S’il ne fait pas ce miracle, c’est qu’il ne le veut pas, et s’il ne le veut pas, nous devons nous incliner devant sa volonté. »

Plaine de Troyes,  dans 50 ans, le tiers d’entre elles sera tombé. »  p 212,

<< Depuis que l’église est fermée, on vit comme des sauvages, on ne sait même plus quand c’est dimanche. (p 131) ce que sont des semaines sans dimanche : p 123 à 127

<< « il faudrait constituer une société des amis des églises »  mais Barrès y est opposé :« les églises appartiennent au catholicisme et à la France » «  C’est la nation qui a des devoirs et des droits, aux cotés du clergé, envers les églises de France…. »  (p 131)

<< Les églises sont de vieilles dames qui meurent dont on prendra un moulage sur leurs lits de mort »  p 165

<< Votre combat c’est pour les autres n’est-ce pas ?

Ah! non par exemple! c’est pour moi que je me bats. Une église dans le paysage améliore la qualité de l’air que je respire. Chacun de nous trouve dans l’église son maximum de rendement d’âme. Je défends les églises au nom de la vie intérieure de chacun.  » p 171-172

<< Il n’y a pas sur la terre de France deux églises rurales qui soient en tous pareilles… Eglises romanes, églises gothiques, églises de la Renaissance, églises de style baroque, toutes portent un témoignage magnifique, le plus puissant, le plus abondant des témoignages, en faveur du génie français… Elles sont la voix, le chant de notre terre, une voix sortie du sol où elles s’appuient, une voix du temp où elles furent construites et du peuple qui les voulut. >>  p 212

<<  A qui appartenaient les églises sous l’ancienne monarchie? A personne!  »  p 230

<< nous nous sentirions exilés dans un village où il n’y aurait plus d’église et dans une France où les  clochers ne monteraient plus vers le ciel  » p 232

<< Oui l’église nous attire tous, elle attire le fidèle, et celui là même qui n’a pas la foi ou qui du moins ne se repose pas dans la tranquille possession de la certitude. L’un y trouve l’espérance et l’autre plus que le souvenir.  »  p 233

<< Marcel Sembat : Beauquier si vous étiez un monument historique, Barrès proposerait de vous conserver à cause d’un certain cachet d’archaïsme !  » p 239

<< Un village sans église ce sera peut-être une colonie agricole, une ferme modèle, ce ne sera plus un village de France . »  p 271

<< La Tour Saint-Jacques à Vendôme et ses latrines publiques p 288 :« municipalité sectaire heureuse d’installer dans un terrain sacré un temple au dieu du ventre  »  p 299

<< Cathédrale de Reims : « ici, le choc est direct, je me reconnais dans ces pierres et je suis soulevées par elles. Ici je me trouve dans la plus belle de nos maisons de famille.

Ceux  qui n’aiment pas nos églises, où vont-ils ? Au Parthénon ? Il était bien vide quand j’y suis monté, et moi bien désorienté… »  p 312

<< Connaissez-vous cette sorte d’angoisse et cette protestation qui se forment au fond de notre être chaque fois que nous voyons souiller une source, avilir un paysage, défricher une forêt ou simplement couper un bel arbre sans lui fournir de successeur ? (…) Une pinède qui brûle sur les collines de Provence, c’est une église qu’on dynamite.  » p 324

<< A quoi attribuer cette émotion d’une qualité mystique ? (…) On dirait qu’à peu de distance sous terre l’amour des forets et des sources, l’amour des vastes solitudes rejoignent l’amour des sanctuaires et que des sentiments si divers ont des racines communes. Ceux qui s’emploient avec allégresse à dénaturer la face de la terre, nous les tenons d’instinct pour les frères de ceux qui disent : « Qu’importe que les églises s’écroulent !  » p325

<< C’est l’heure d’achever la réconciliation des dieux vaincus et des saints. Je sens leur parenté ; elle dérive pour moi de tant de siècles passés aux mêmes lieux, et je crois qu’ils peuvent aujourd’hui s’entraider.(…). Je veux sauver les sources pures, les profondes forêts, à la suite des églises. Et pour maintenir la spiritualité de la race, je demande une alliance du sentiment religieux catholique avec l’esprit de la terre ; p343

<< Ô grande pitié des églises de France !

D’où viendra le salut ? D’une coalition rassemblant les imaginations et sensibilités, toute la haute intelligence » .  p 353

<<Etienne Moreau-Nélaton : « Combien de chef d’œuvre les églises de France  ont suscité, depuis le scrupuleux portrait tracé par Corot de la cathédrale de Chartres jusqu’au fantaisies inspirées à Claude Monet par le jeux de la lumière dans la dentelle de pierre qui pare celle de Rouen…  p 389

<< Camille Jullian ( Histoire des Gaules) : « elle, l’église, le lien le plus fort qui enchaîne les générations successives d’une même société en une famille éternelle, (…) Il y a du passé non pas seulement dans l’édifice, mais dans le sol qu’il recouvre.

(…) Elles ressemblent  à l’âme de nous tous, où se mêlent, à notre insu, du génie latin et de la pensée chrétienne.

La tâche des archéologues est de rechercher les différents âges de construction, de faire l’anatomie des églises. Mais le devoir des patriotes est de les garder pieusement, pour l’archéologie, qui travaille sur elles, pour la fraternité française, qui s’est formée autour d’elles. Et il ne s’agit en cela ni de faire acte de catholique ni de suivre la direction d’un parti. L’église, à l’heure actuelle, doit être un enclos réservé, consacré au double idéal de la science et de l’accord social.  p 391-392

 

Cet ouvrage a été réédité récemment et commenté par l’historien Michel Leymarie :

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