La Bible d’Amiens de J. Ruskin, préfacée par Marcel Proust

A LIRE – CATHEDRALE D’AMIENS – RUSKIN – PROUST

.Bible d'Amiens (La)

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Les éditions Payot ont eu l’excellente idée de rééditer dans la collection Rivages Poche La Bible d’Amiens de John Ruskin, avec la préface de Marcel Proust, telle que publiée en 1906 par le Mercure de France.

Ce que j’en pense

Nul besoin de vous cacher que j’ai pris autant de plaisir à la lire la préface de Marcel Proust que l’édifiante contemplation du portail occidental de la cathédrale d’Amiens par John Ruskin. Non seulement par ce quelle donne à voir et à comprendre des scènes et des personnages sculptés, mais aussi, et ce ne fut pas le moindre plaisir, par ce que l’ouvrage nous enseigne sur Ruskin et Proust.

Le discours sur « la religion de la beauté » chez Ruskin -tout comme on le comprend chez l’auteur de la préface » est un morceau en soi d’anthologie. Il livre à cette expression toute sa profondeur religieuse et non le simple survol que lui donnerait les dilettantes et les hédonistes. Chez Ruskin, le sentiment religieux dirige son sentiment esthétique.

 » Ce quelque chose de divin que Ruskin sentait au fond du sentiment que lui inspirait les œuvres d’art,  c’était précisément ce que ce sentiment avait de profond, d’original et qui s’imposait à son gout sans être susceptible d’être modifié », fait observer Marcel Proust avec une certaine admiration sous la plume  (…) « De sorte que ceux qui voient en lui un un moraliste et un apôtre aimant dans l’art ce qui n’est pas de l’art, se trompent à l’égal de ceux qui, négligeant l’essence profonde de son son sentiment esthétique, le confondent avec un dilettantisme voluptueux. »

Quand à la cathédrale d’Amiens, le mot Bible chez Ruskin est à prendre « au sens propre, non au sens figuré ». Le porche occidental de la cathédrale n’est une « un livre de pierre, une bible de pierre » mais « la Bible en pierre ». Sous la première contemplation « impressionniste » que suscite la majestueuse façade au lever ou au coucher du soleil, il y a tout un peuple biblique qui ne demande qu’à parler à qui Ruskin donne la voix.

Extrait de la préface de Marcel Proust :

 » Je voudrais donner au lecteur le désir et le moyen d’aller passer une journée à Amiens en une sorte de pèlerinage ruskinien. Ce n’était pas la peine de commencer par lui demander d’aller à Florence ou à Venise, quand Ruskin a écrit sur Amiens tout un livre. Sans doute le snobisme qui fait paraître raisonnable tout ce que Ruskin touche n’a pas encore atteint (pour les Français du moins) et par là préservé du ridicule, ces promenades esthétiques. Dites que vous allez à Bayreuth entendre un opéra de Wagner, à Amsterdam visiter une exposition, on regrettera de ne pouvoir vous accompagner. Mais, si vous avouez que vous allez voir, à la Pointe du Raz, une tempête, en Normandie, les pommiers en fleurs, à Amiens, une statue aimée de Ruskin, on ne pourra s’empêcher de sourire. Je n’en espère pas moins que vous irez à Amiens après m’avoir lu. »

Marcel Proust

Les références du livre

Ouvrages de John Ruskin :

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